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Accompagner un proche en perte d’autonomie. Soutenir un conjoint confronté à la maladie. Être présent pour un enfant qui vit avec des défis particuliers. Pour de nombreuses personnes proches aidantes, ces situations ne sont pas exceptionnelles. Elles font simplement partie du quotidien.

Les journées se remplissent de rendez-vous, de conversations importantes, de petites attentions et de décisions à prendre. On rassure, on écoute, on cherche des solutions. On fait de son mieux pour être là… parfois en négligeant, sans le vouloir, sa propre santé physique et mentale. Souvent, ce rôle s’installe progressivement, presque sans qu’on s’en rende compte. Et un jour, on réalise qu’on est devenu proche aidant.

Ce rôle de personne proche aidante est souvent assumé avec beaucoup d’amour et de dévouement. Mais il peut aussi devenir exigeant, sur le plan émotionnel, physique et mental. 

Dans cet article, nous vous proposons de mieux comprendre qui sont les proches aidants d’aujourd’hui, le rôle qu’ils jouent au quotidien et les impacts que cette responsabilité peut avoir sur leur bien-être. Parce que derrière chaque personne soutenue, il y a aussi quelqu’un qui prend soin… et qui mérite lui aussi d’être soutenu.

Qui sont les personnes proches aidantes aujourd’hui?

Proches aidants - Ces piliers invisibles - Familio - Statistiques

Les personnes proches aidantes ne forment pas un groupe à part. Elles font partie de notre quotidien. Ce sont des parents, des conjoints, des enfants, des collègues, des amis. Peut-être même vous.

Au Québec seulement, près d’une personne sur quatre agit comme proche aidante. Cela représente des centaines de milliers de personnes qui, chaque jour, soutiennent un parent vieillissant, un conjoint malade, un enfant en difficulté ou un proche en situation de vulnérabilité (Conseil du statut de la femme).

L’âge joue aussi un rôle important. Le groupe le plus représenté se situe entre 45 et 64 ans, une période de la vie où plusieurs se retrouvent au cœur de ce qu’on appelle parfois la génération sandwich: des adultes qui soutiennent à la fois leurs parents vieillissants et leurs propres enfants (Observatoire québécois de la proche aidance). La proche aidance touche également davantage les femmes: près de six proches aidants sur dix sont des femmes (Observatoire québécois de la proche aidance).

Mais au-delà des chiffres, une autre réalité frappe: être proche aidant demande du temps. Beaucoup de temps. En moyenne, ceux-ci consacrent plus de 5h par jour à soutenir la personne qu’ils accompagnent. Cela représente plus de 30h par semaine, soit presque l’équivalent d’un emploi à temps plein… souvent assumé en plus du travail, de la famille et des autres responsabilités de la vie quotidienne (Canadian Centre for Caregiving Excellence). Et cette charge n’est pas sans conséquences. En effet, au Canada, un proche aidant sur quatre considère que sa santé mentale est passable ou mauvaise. La fatigue, l’inquiétude et le sentiment d’être dépassé font partie des émotions les plus souvent rapportées (Canadian Centre for Caregiving Excellence). La pression devient si grande qu’un proche aidant sur trois vit un épuisement important (HR Reporter).

Proche aidant ou aidant naturel: quelle différence?

Les expressions aidant naturel, aidant ou proche aidant sont souvent utilisées pour désigner les personnes qui soutiennent un membre de leur entourage vivant avec une maladie, une perte d’autonomie ou une incapacité. Pendant longtemps, le terme aidant naturel était le plus courant. Aujourd’hui, au Québec, on privilégie davantage l’expression personne proche aidante, notamment depuis l’adoption en 2020 de la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes. Cette appellation met l’accent sur la relation avec la personne aidée et reconnaît que ce rôle peut être assumé par différentes personnes: un conjoint, un parent, un enfant adulte, un ami ou même un voisin.

Selon la Politique nationale pour les personnes proches aidantes, il s’agit de « toute personne qui apporte un soutien à un membre de son entourage qui présente une incapacité […] avec qui elle partage un lien affectif, familial ou non ». Derrière cette définition se cache toutefois une réalité souvent plus complexe. Accompagner un proche demande du temps, de l’énergie et un engagement émotionnel important. Mais concrètement, que signifie être une personne proche aidante au quotidien?

Le rôle de la personne proche aidante au quotidien

Être personne proche aidante peut prendre plusieurs formes et évoluer au fil du temps. Le soutien offert peut être occasionnel ou constant, et s’inscrire sur une courte période ou sur plusieurs années. Il peut aussi toucher plusieurs dimensions de la vie de la personne aidée, allant du soutien émotionnel à l’aide dans les tâches du quotidien (le Gouvernement du Québec,).

Concrètement, les personnes proches aidantes peuvent offrir une présence et un soutien moral, accompagner leur proche lors de rendez-vous médicaux ou être présentes dans des moments de décisions importantes. Elles peuvent également contribuer à la vie quotidienne: préparer les repas, aider à l’entretien de la maison, accompagner dans les déplacements ou soutenir la personne dans ses soins personnels.

Le rôle de proche aidant implique aussi souvent de coordonner les soins, d’accompagner son proche dans certaines démarches et de communiquer avec les professionnels de la santé. Les proches aidants jouent également un rôle important pour que la personne aidée reste active socialement et que sa dignité soit préservée.Comme le souligne l’Observatoire québécois de la proche aidance, ce soutien peut être émotionnel, pratique, médical ou logistique. Derrière ces différentes responsabilités se cache toutefois une réalité importante: offrir ce soutien demande du temps, de l’énergie et un engagement émotionnel qui peut aussi avoir un impact sur la santé mentale et l’équilibre de la personne proche aidante.

Les impacts sur la santé mentale des proches aidants

Soutenir un proche peut être profondément significatif et porteur de sens. Toutefois, ce rôle demande souvent beaucoup d’énergie, d’attention et d’engagement émotionnel. Avec le temps, les responsabilités associées à la proche aidance peuvent affecter l’équilibre personnel et la capacité à prendre soin de sa propre santé mentale, surtout lorsqu’il faut concilier travail, famille et autres obligations. Plusieurs personnes vivent ainsi une accumulation d’inquiétudes, de stress et de fatigue. Le sentiment de responsabilité envers le proche, la charge mentale liée aux soins et aux décisions à prendre ou la peur de voir la situation se détériorer peuvent devenir lourds à porter.

Lorsque ces pressions s’installent dans la durée, elles peuvent affecter le bien-être psychologique et l’équilibre émotionnel. Certaines personnes peuvent ressentir de l’irritabilité, un sentiment d’être dépassées ou un certain isolement. Dans ces moments, il peut devenir important de chercher du soutien et parfois de consulter pour obtenir du soutien psychologique. Reconnaître ses propres besoins permet non seulement de préserver sa santé mentale, mais aussi de maintenir la capacité d’offrir un soutien durable à son proche.

Les signes qu’une personne proche aidante a besoin de soutien

Certains signes peuvent toutefois indiquer que la charge devient trop lourde : une fatigue persistante, un sentiment d’être constamment débordé, une irritabilité plus fréquente, une difficulté à se concentrer ou encore un sentiment de culpabilité qui s’installe…

Se sentir isolé, perdre de l’intérêt pour des activités habituellement appréciées ou avoir l’impression de ne plus avoir d’espace pour soi peut aussi refléter un mélange d’émotions : le désir d’aider, mêlé à de la colère, de la tristesse et au sentiment d’être pris dans une réalité parfois imposée — un vécu qui peut rappeler certaines étapes du deuil.

Reconnaître ces signaux est une étape importante pour préserver son équilibre. Demander de l’aide, prendre du répit ou parler à un professionnel peut permettre de retrouver un certain souffle et de continuer à soutenir son proche dans de meilleures conditions.

Comment mieux soutenir les proches aidants

Reconnaître les défis liés à la proche aidance est une première étape importante. Pour plusieurs personnes proches aidantes, recevoir du soutien peut faire une réelle différence dans leur capacité à préserver leur équilibre et à continuer d’accompagner la personne dont elles prennent soin. La proche aidance peut toucher plusieurs dimensions de la vie : santé mentale, santé physique, vie familiale, financier ou études. C’est pourquoi il est essentiel que les aidants et leur entourage puissent accéder à des ressources adaptées.

Différents services de soutien existent pour aider les personnes qui apportent un soutien à un membre de leur entourage vivant une situation de perte d’autonomie, une maladie ou des difficultés liées à la santé mentale ou au bien-être. Ces ressources peuvent aider à mieux comprendre ce que vous vivez et à trouver des façons de prendre soin de vous tout en continuant d’être présent pour votre proche. Vous en trouverez une liste ci-dessous.

Si vous vivez cette réalité comme proche aidant et que vous ressentez le besoin d’en parler, il peut être utile de consulter un professionnel. L’équipe de Familio vous offre un espace d’écoute et d’accompagnement pour vous aider à traverser cette période.

Sources et références

Les données et informations présentées dans cet article s’appuient sur des recherches et des publications provenant d’organismes reconnus au Québec et au Canada spécialisés dans la proche aidance, la santé mentale et les réalités sociales.

Ressources pour les personnes proches aidantes

Si vous êtes une personne proche aidante ou si vous accompagnez quelqu’un dans cette réalité, plusieurs organisations offrent du soutien, de l’information et des ressources au Québec.