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Tu fais ce qu’il faut faire. Tu essaies. Tu t’organises, tu ajustes, tu compenses. Et malgré tout, quelque chose reste difficile. La concentration s’échappe. L’organisation demande un effort constant. Les listes s’allongent, les oublis s’accumulent, et l’énergie semble s’épuiser plus vite en fin de journée. Tu te demandes si c’est simplement le stress, le rythme, la charge mentale. Si tu devrais être plus discipliné·e, mieux t’y prendre, faire encore un peu plus d’efforts. Pourtant, au fond, le doute persiste: et si ce n’était pas seulement une question de volonté? C’est souvent à cet endroit précis que la question du TDAH à l’âge adulte apparaît. Pas comme une certitude, ni comme une étiquette à poser rapidement, mais comme une possibilité à explorer pour donner du sens à ce qui est vécu au quotidien

Les symptômes du TDAH chez les adultes : bien plus que des difficultés de concentration

Les symptômes du TDAH chez l’adulte, c’est bien plus que des difficultés de concentration ou une agitation constante. Chez plusieurs personnes, ces symptômes se manifestent de façon beaucoup plus discrète – et souvent très épuisante. Derrière une apparence fonctionnelle se cachent parfois un épuisement mental qui s’accumule au fil des journées, et une multitude de stratégies qui sont mises en place pour “tenir le coup”.

Certaines personnes atteintes du TDAH ont appris très tôt à compenser: en se surorganisant, en anticipant chaque détail, en redoublant d’efforts pour ne rien oublier. Ces mécanismes permettent souvent de fonctionner pendant longtemps, parfois pendant des années. Mais cette surcompensation a un coût. À force de toujours forcer un peu plus, la fatigue peut finir par prendre toute la place.

C’est pourquoi le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité à l’âge adulte passe souvent inaperçu, ou est reconnu tardivement. Non pas parce qu’il n’était pas présent auparavant, mais parce que les capacités d’adaptation ont longtemps suffi à masquer les difficultés. C’est souvent lorsque l’équilibre devient plus fragile, avec l’accumulation des responsabilités et du stress, que les limites apparaissent plus clairement.

Reconnaître le TDAH, c’est accepter que l’on peut avoir bien fonctionné pendant des années, tout en ressentant aujourd’hui le besoin d’un regard plus clair sur son fonctionnement.

Les signes et défis du TDAH chez l’adulte: quand consulter et se faire diagnostiquer

Il n’existe pas de moment « parfait » pour consulter à propos du TDAH, ni de signes évidents qui indiquent qu’il est temps de se faire diagnostiquer. Chez plusieurs adultes, le doute s’installe doucement. Et quand les difficultés d’attention, d’organisation ou d’impulsivité commencent à avoir un impact sur le travail, les relations, les finances ou la santé, il devient pertinent de vouloir mieux comprendre ce qui se passe. 

Consulter ne signifie pas que tout va mal, ni que l’on cherche une étiquette à tout prix. Il s’agit souvent d’une démarche réfléchie, motivée par le désir de prévenir l’épuisement, d’avoir un regard plus clair sur son fonctionnement et de s’outiller pour la suite.

Même lorsque les difficultés semblent « gérables », le fait qu’elles reviennent sans cesse ou qu’elles demandent un effort démesuré peut suffire à amorcer une réflexion.On sait d’ailleurs aujourd’hui que le TDAH non pris en charge à l’âge adulte est souvent associé à des défis supplémentaires importants. Les recherches montrent entre autres des taux plus élevés d’accidents, de blessures accidentelles, de problèmes cardiovasculaires et de difficultés financières liées à l’impulsivité. Sur le plan de la santé mentale, la dépression majeure est aussi près de trois fois plus fréquente chez les adultes vivant avec un TDAH, comparativement aux personnes sans TDAH (Manuvie, 2023). Ces informations ne sont pas là pour inquiéter, mais pour rappeler que comprendre son fonctionnement peut réellement faire une différence au quotidien.

Mieux vivre avec le TDAH à l’âge adulte: pourquoi envisager une évaluation en neuropsychologie

Lorsqu’un doute persiste et que les défis reviennent malgré les efforts, l’évaluation en neuropsychologie peut devenir un véritable point de départ. Non pas pour confirmer une étiquette, ou obtenir un diagnostic de TDAH à tout prix, mais pour mettre fin au flou. Elle permet de mieux cerner son fonctionnement cognitif et psychosocial, d’identifier ce qui relève réellement du TDAH – et ce qui n’en relève pas – et de comprendre pourquoi certaines stratégies fonctionnent… ou non.

Au-delà de l’évaluation et du diagnostic, cette démarche inclut aussi des recommandations et des pistes d’intervention personnalisées, adaptées au profil cognitif, aux forces, aux vulnérabilités et à la réalité de la personne. Ces recommandations offrent des repères concrets pour le quotidien, dans l’organisation, la gestion de l’énergie, des émotions et des relations, autant dans la vie personnelle que professionnelle.

Pour plusieurs adultes atteints de TDAH, l’évaluation marque ainsi un tournant dans leur compréhension du TDAH. Elle permet de sortir de l’essai-erreur constant, de cesser de se remettre en question sans réponses claires, et d’avoir enfin des outils cohérents, alignés avec leur fonctionnement réel. En ce sens, l’évaluation en neuropsychologie n’est pas une fin en soi, mais une base solide pour s’orienter, faire des choix plus éclairés et alléger durablement le quotidien.

Ce que l’évaluation en neuropsychologie permet réellement

Concrètement, une évaluation en neuropsychologie permet d’analyser de façon structurée plusieurs dimensions du fonctionnement cognitif, notamment l’attention, les fonctions exécutives, la mémoire, l’impulsivité et la vitesse de traitement de l’information. Cette analyse s’appuie sur des outils cliniques reconnus, mais aussi sur une compréhension fine du vécu et du contexte de la personne.

L’évaluation permet également de distinguer ce qui relève du TDAH de ce qui peut être influencé par d’autres facteurs, comme l’anxiété, la fatigue chronique, le stress ou un épuisement accumulé. Cette distinction est essentielle pour éviter les interprétations erronées et les stratégies mal adaptées.

À l’issue de la démarche, la personne repart avec :

  • Une lecture claire et nuancée de son fonctionnement cognitif et psychosocial ;
  • Un rapport écrit détaillé qui synthétise les constats et les conclusions ;
  • Une rencontre de restitution où les résultats sont expliqués de façon accessible ;
  • Des recommandations et des pistes d’intervention personnalisées, adaptées à son profil cognitif et psychosocial, qui servent de base concrète pour orienter les prochaines étapes.

Ces éléments font de l’évaluation en neuropsychologie un repère structurant pour la suite, plutôt qu’un simple verdict.

Comment se déroule une évaluation en neuropsychologie

Une évaluation en neuropsychologie se déroule de façon progressive et encadrée, dans un cadre clinique sécurisant. Il ne s’agit pas d’un examen à réussir, mais d’une démarche visant à mieux comprendre le fonctionnement réel de la personne, dans sa globalité.

Avant le premier rendez-vous, certains documents et questionnaires sont généralement à compléter. Ils permettent de mieux connaître le parcours, l’historique développemental, les difficultés actuelles et le contexte de vie. Il est aussi fréquent que l’on demande l’apport d’une personne proche – conjointe, parent, frère, sœur ou toute personne significative qui connaît bien la personne – afin d’obtenir un regard complémentaire sur le fonctionnement au quotidien. Ces informations sont précieuses pour enrichir l’analyse et nuancer les observations.

L’évaluation comprend ensuite une entrevue clinique approfondie, suivie de tests neuropsychologiques standardisés, sélectionnés en fonction des besoins et des hypothèses cliniques. Ces outils permettent d’évaluer différentes sphères, comme l’attention, les fonctions exécutives, la mémoire ou la vitesse de traitement. Les tâches sont variées et adaptées; elles servent à observer comment le cerveau fonctionne, sans notion de performance ou d’échec.

Une fois les rencontres complétées, les résultats sont analysés de façon globale. Cela mène à la rédaction d’un rapport écrit détaillé, puis à une rencontre de présentation des résultats, durant laquelle les constats, les conclusions et les recommandations sont expliqués clairement. L’objectif est d’offrir des repères concrets et utiles pour la suite, dans une approche respectueuse et collaborative.

Après l’évaluation : des repères clairs pour s’adapter et avancer

Après une évaluation en neuropsychologie, il ne s’agit pas simplement de recevoir des résultats, mais de pouvoir enfin se situer. Les recommandations issues de l’évaluation servent de points d’appui concrets pour le quotidien. Elles permettent d’adapter les stratégies d’organisation, de gestion de l’attention, de l’énergie ou des émotions en fonction du fonctionnement réel de la personne, plutôt que de tenter de s’ajuster à des modèles génériques. Ce sont souvent de petits ajustements ciblés qui, mis ensemble, font une différence tangible.

Ces repères peuvent aussi orienter les prochaines démarches, qu’il s’agisse d’un accompagnement thérapeutique, d’un suivi médical, d’aménagements au travail ou simplement de changements dans la façon d’aborder certaines situations. L’objectif n’est pas de tout transformer d’un coup, mais d’avancer avec davantage de cohérence, en s’appuyant sur une compréhension claire de ses forces et de ses défis.

Pour plusieurs, cette étape apporte un réel apaisement. Elle permet de sortir du doute constant, de réduire l’épuisement lié à la surcompensation et de retrouver un sentiment de contrôle sur son quotidien. En ce sens, l’évaluation ne met pas un point final à la réflexion : elle ouvre plutôt la voie à une adaptation plus alignée et à une progression durable.

Quand le doute fait partie du chemin

Se questionner ne signifie pas chercher une réponse à tout prix. Pour plusieurs adultes, le doute s’installe simplement au fil du chemin, lorsque certaines difficultés reviennent, que les efforts n’apaisent plus vraiment le quotidien, ou qu’un malaise persiste sans pouvoir être clairement nommé.

Il n’est pas nécessaire d’être certain·e pour consulter. Une évaluation en neuropsychologie ne repose pas sur une conviction, mais sur une démarche d’ouverture et de clarification. Elle peut être envisagée même lorsque les choses semblent encore « gérables », surtout si elles exigent une énergie constante ou laissent peu d’espace au repos mental.Si cette lecture résonne et que certaines questions demeurent, il est possible de franchir la prochaine étape à votre rythme. Une évaluation en neuropsychologie peut offrir un cadre structurant pour faire le point, clarifier ce qui se joue et envisager la suite avec plus de repères. Prendre rendez-vous, c’est avant tout se donner l’espace pour explorer ces questions accompagné·e, dans un cadre professionnel, bienveillant et rigoureux.

Sources

Association québécoise des neuropsychologues (AQNP). L’évaluation en neuropsychologie.
https://aqnp.ca/la-neuropsychologie/evaluation-en-neuropsychologie/

Familio. Services de neuropsychologie.
https://familio.ca/services/neuropsychologue/

Familio. Trajectoire pour l’évaluation neuropsychologique chez l’adulte (2025–2026).
Document interne, Familio.

Institut TA. L’évaluation neuropsychologique.
https://www.institutta.com/s-informer/evaluation-neuropsychologiqueManuvie. Augmentation des demandes de règlement liées au TDAH.
https://www.manuvie.ca/entreprises/nouvelles/assurance-collective/augmentation-des-demandes-de-r%C3%A8glement-TDAH.html