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La douance intellectuelle est souvent perçue comme un atout incontestable : un enfant brillant, avide de savoir, qui réussit sans effort et pour qui l’apprentissage semble une simple formalité. On l’imagine capable de faire un saut de classe, d’accumuler les succès et de se démarquer naturellement. Pourtant, cette vision ne correspond pas toujours à la réalité. Certains élèves doués ne correspondent pas à ce portrait, car leur potentiel peut être difficile à reconnaître lorsque d’autres particularités viennent interférer avec son expression.

Longtemps considérée comme un simple enjeu scolaire, la douance peut parfois passer inaperçue lorsqu’elle est masquée par d’autres défis comportementaux. Ce phénomène, connu sous le nom de double exceptionnalité. Il influence l’identité, l’estime de soi et le parcours de vie bien au-delà de l’école. Comment reconnaître cette réalité ? Quels sont ses impacts à l’âge adulte ? C’est ce que nous explorerons dans cet article.

Comprendre la douance et la double exceptionnalité

La double exceptionnalité désigne une situation où une personne ayant un haut potentiel intellectuel (douance) et un trouble neurodéveloppemental, pouvant parfois masquer l’expression de son potentiel. Ces individus rencontrent des défis qui compliquent leur parcours, tant sur le plan académique que personnel. Il est essentiel de rappeler que la douance ne constitue pas un trouble mental : elle n’est pas répertoriée dans les classifications les plus reconnues des troubles mentaux, soit le DSM-5 et la CIM-11.

La douance et la double exceptionnalité ne vont pas systématiquement de pair. Certains enfants doués performent naturellement bien à l’école, sans difficulté majeure, tandis que d’autres sous-performent par manque de stimulation ou parce que certains défis nuisent à leur apprentissage. Ils peuvent exceller dans des domaines précis – sciences, arts, sports – et montrer une curiosité insatiable, une pensée rapide et une maturité marquée. Pourtant, leur potentiel peut être difficile à détecter lorsque des éléments comme une difficulté d’attention, une hypersensibilité ou un mode d’apprentissage atypique viennent brouiller les perceptions.

Ces enfants ne suivent pas toujours les attentes scolaires classiques. Certains refusent d’appliquer une consigne sans en comprendre le sens, s’ennuient rapidement ou fonctionnent différemment des autres élèves. Leur pensée rapide et leur manière de faire des liens peuvent les amener à s’exprimer d’une façon hors norme, ce qui peut être mal interprété, surtout chez les enfants à haut potentiel intellectuel. Dans certains cas, les symptômes associés à un trouble prennent le dessus, masquant ainsi la douance et rendant la double exceptionnalité particulièrement complexe à diagnostiquer.

Quels troubles sont généralement associés à la double exceptionnalité ?

Les profils de double exceptionnalité sont uniques et varient selon le ou les troubles associés à la douance. Parmi les plus fréquemment observés, on retrouve les troubles neurodéveloppementaux tels que le TDAH, qui affecte l’attention, l’organisation et l’impulsivité, ainsi que les troubles d’apprentissage comme la dyslexie, la dysorthographie, la dyscalculie et la dyspraxie. Ces difficultés peuvent influencer la lecture, l’écriture, les mathématiques ou la coordination, complexifiant ainsi le parcours scolaire des élèves doublement exceptionnels.

Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est également souvent présent, entraînant des particularités dans la communication, les interactions sociales et la sensibilité aux stimuli. D’autres troubles, comme le trouble du développement de la coordination (TDC) ou certains troubles du langage, peuvent aussi être associés, ce qui rend parfois l’identification de la douance plus difficile.

Quelle est la prévalence de la double exceptionnalité ?

La double exceptionnalité est encore peu connue et souvent difficile à identifier, ce qui complique son estimation. Pour la douance, il n’existe pas de définition unique, mais certains seuils sont couramment utilisés, comme l’indiquent les études de la littérature scientifique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixe le seuil de douance à un QI de 130, ce qui représente environ 2,2 % de la population. L’Ordre des psychologues du Québec mentionne également que ce seuil est fréquemment utilisé pour identifier la douance intellectuelle. Ce critère est souvent évalué à l’aide de tests comme les échelles de Wechsler, mais l’expertise d’un professionnel est essentielle, car chaque personne douée peut présenter un profil différent.

Pour la double exceptionnalité, on estime qu’environ 2 % à 5 % des personnes douées ont aussi un trouble neurodéveloppemental ou d’apprentissage. Cependant, cette estimation reste approximative, car la douance peut masquer certaines difficultés, et à l’inverse, un trouble peut empêcher la reconnaissance du haut potentiel. C’est cette complexité qui rend le diagnostic et l’accompagnement des personnes doublement exceptionnelles plus difficiles.

Quand faire une évaluation neuropsychologique ?

Il n’y a pas d’âge précis pour faire une évaluation neuropsychologique. Avant cinq ans, les évaluations portent surtout sur les comportements, car les tests de QI sont moins fiables à cet âge. Certains signes, comme une grande curiosité, une pensée rapide ou un intérêt marqué pour des sujets complexes, peuvent être repérés tôt, notamment en garderie. Toutefois, c’est souvent à l’entrée à l’école que les écarts entre les capacités de l’enfant et son adaptation scolaire deviennent plus évidents, ce qui peut justifier une évaluation.

Un enfant qui se développe bien, qui est épanoui et qui ne rencontre pas de difficultés particulières n’a pas nécessairement besoin d’un diagnostic ou d’une évaluation. Le but d’un bilan neuropsychologique n’est pas d’étiqueter, mais de mieux comprendre un enfant qui éprouve des défis ou qui semble en décalage avec son environnement. Il devient pertinent lorsque l’enfant s’ennuie à l’école, sous-performe malgré un fort potentiel, ou rencontre des difficultés d’adaptation qui freinent son apprentissage et son bien-être.

À l’âge adulte, beaucoup de personnes découvrent leur double exceptionnalité après le diagnostic de leur enfant. Un bilan peut être utile si une personne ressent un décalage persistant, des difficultés organisationnelles ou un sentiment d’incompréhension de son propre fonctionnement. Comprendre son profil permet d’adopter des stratégies adaptées, d’améliorer son estime de soi et, dans certains cas, d’ajuster son environnement professionnel ou personnel pour mieux exploiter son potentiel.

Accompagner un enfant à double exceptionnalité : quelles solutions ?

L’accompagnement d’un enfant à double exceptionnalité repose sur une approche adaptée à ses forces et à ses défis, tant à l’école qu’à la maison. Un enfant bien entouré, épanoui et qui ne présente pas de difficultés particulières n’a pas nécessairement besoin d’un enrichissement académique ou d’une classe spécialisée. Cependant, si l’enfant montre des signes d’ennui ou de frustration, des adaptations pédagogiques peuvent être envisagées, comme des projets stimulants, un enseignement différencié ou, dans certains cas, une accélération scolaire (saut de classe ou enrichissement). L’essentiel est de s’assurer que l’enfant puisse exprimer son plein potentiel tout en recevant le soutien nécessaire pour surmonter ses défis.

À la maison, les parents jouent un rôle clé en aidant leur enfant à mieux comprendre son propre fonctionnement et à développer des stratégies pour surmonter ses défis. Écouter ses besoins sans minimiser ses émotions, lui offrir un cadre structurant mais flexible et valoriser ses réussites sont des éléments essentiels. L’enfant peut parfois se mettre beaucoup de pression, d’où l’importance de l’encourager sans exiger la perfection et de l’aider à gérer son stress et ses hypersensibilités.

La collaboration entre parents, enseignants et professionnels (neuropsychologues, orthopédagogues, psychoéducateurs) est également primordiale. Un plan d’intervention personnalisé peut être mis en place à l’école pour s’assurer que les forces de l’enfant sont exploitées tout en soutenant ses défis. En favorisant un environnement stimulant et bienveillant, on permet à l’enfant doublement exceptionnel de développer son plein potentiel, sans que ses difficultés prennent le dessus sur ses capacités.

Se découvrir doublement exceptionnel à l’âge adulte : un bouleversement identitaire

De nombreux adultes découvrent leur double exceptionnalité tardivement, souvent après le diagnostic d’un de leurs enfants ou en cherchant des réponses à des défis persistants. Pendant des années, ils ont pu se sentir en décalage, sans comprendre pourquoi certaines choses leur semblaient plus faciles que la moyenne, alors que d’autres leur demandaient un effort considérable, ce qui est fréquent chez les personnes avec une double exceptionnalité. Cette révélation peut être un soulagement, en mettant enfin des mots sur des expériences de vie difficiles, mais aussi un choc, remettant en question des perceptions ancrées sur soi-même.

Un parcours souvent marqué par l’incompréhension

Avant le diagnostic, ces adultes ont parfois grandi avec des étiquettes comme « paresseux », « rêveur », « trop intense » ou « instable ». Ils ont pu développer des stratégies de compensation pour masquer leurs difficultés, ce qui leur a permis d’avancer, mais souvent au prix d’une grande fatigue mentale. Beaucoup ont aussi ressenti une forme d’autocritique excessive, se reprochant de ne pas être à la hauteur ou d’avoir un parcours professionnel et personnel moins linéaire que les autres.

Adapter sa vie sans tout chambouler

Contrairement aux enfants, qui peuvent voir leur environnement adapté, un adulte ne peut pas tout modifier du jour au lendemain. Le travail, les responsabilités, la vie familiale et sociale imposent un cadre avec lequel il faut composer. La clé n’est donc pas de tout changer, mais d’ajuster son mode de fonctionnement pour mieux exploiter ses forces et atténuer les défis. Cela passe par des stratégies concrètes : mieux organiser son temps, choisir un environnement de travail adapté, apprendre à gérer la fatigue cognitive et à demander du soutien au besoin.

Trouver un équilibre et s’épanouir

Se découvrir doublement exceptionnel à l’âge adulte ne signifie pas tout remettre en question, mais plutôt apprendre à mieux se comprendre et à adapter son quotidien. Une évaluation par un professionnel peut aider à mieux identifier les besoins liés à la douance intellectuelle et aux troubles associés. Un accompagnement spécialisé permet d’explorer des stratégies adaptées, que ce soit pour le milieu scolaire, le travail ou la gestion des émotions.

Certains trouvent un nouvel équilibre en valorisant leurs compétences, en ajustant leur environnement professionnel ou en explorant des passions en dehors du travail. D’autres ressentent le besoin d’être accompagnés dans cette transition pour mieux gérer les émotions, la fatigue cognitive ou les attentes qui pèsent sur eux. Chez Familio, nos professionnels en santé mentale et en services sociaux offrent un accompagnement adapté pour aider chaque personne à mieux comprendre son fonctionnement et à trouver des stratégies qui lui conviennent. Que ce soit pour confirmer un diagnostic, mieux gérer les défis du quotidien ou simplement poser des questions, prendre rendez-vous avec un spécialiste peut être une première étape précieuse vers un mieux-être.

Sources

Agence Science-Presse. (2022, 13 octobre). Maintenir les doués à l’école. https://www.sciencepresse.qc.ca/opinions/dire/2022/10/13/maintenir-doues-ecole

Association québécoise des neuropsychologues. (2021, 2 mai). Douance et double exceptionnalité. https://aqnp.ca/douance-double-exceptionnalite/

Association québécoise pour la douance. (n.d.). Douance et haut potentiel. https://www.aqdouance.org/douance-et-haut-potentiel-association-quebecoise-pour-la-douance/

Blog Hop’Toys. (2022, 16 février). La douance : comment l’appréhender ? https://www.bloghoptoys.fr/la-douance-comment-l-apprehender

La Douance. (2025). La douance chez l’adulte. https://la-douance.ca/la-douance-chez-ladulte/

Lamolet, B. (2024, 22 août). Douance : un retard à rattraper pour le Québec. Québec Science. https://www.quebecscience.qc.ca/societe/douance-retard-rattraper-quebec/

Ordre des psychologues du Québec. (2021, juin.). L’évaluation de la douance intellectuelle. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/l-%C3%A9valuation-de-la-douance-intellectuelle

Vaivre-Douret, L. (2011). Developmental and cognitive characteristics of « high-level potentialities » (highly gifted) children. International Journal of Pediatrics, 2011, Article ID 420297. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3184407/

Ressources pour mieux comprendre la double exceptionnalité et la douance

Association québécoise pour la douance. (2022). https://aqdouance.org

Caron, M.-J., & Duval, J. (2021). La douance et la double exceptionnalité chez l’enfant et l’adolescent. Éditions Midi Trente. 176 pages.

Centre de services scolaire de Montréal. (2025). Service de douance. https://www.cssdm.gouv.qc.ca/eleves-besoins-particuliers/service-de-douance/

Centre intégré de développement de la douance et du talent. (n.d.). https://ciddt.ca/

Gouvernement du Québec, Ministère de l’Éducation. (n.d.). La réussite éducative des élèves doués. https://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/education/adaptation-scolaire-services-comp/Reussite-educative-eleves-doues.pdf

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Ouellet, R. (2021). Douance : Stratégies pour accompagner le haut potentiel chez l’enfant. Éditions de Mortagne. 360 pages.

Perrodin, D., Poulin, R., & Revol, O. (2021). 100 idées + pour accompagner les enfants à haut potentiel. Éditions Tom Pousse. 224 pages.Université du Québec à Trois-Rivières. (n.d.). Les élèves doublement exceptionnels. https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/portail/gscw031?owa_no_site=4597